Une nouvelle ère ?
[AI]
Que penses tu de la technologie LLM ?
Mes connaissances et ma pratique en ce domaine sont limitées. Mon opinion est la suivante :
Je vois cette technologie comme un curseur qui aurait dépassé la butée sur le spectre des procédés d’acquisition de savoir et de partage d’information.
- En position 1 sur ce spectre, le savoir est ancré dans la transmission orale
- En 2 il peut être transmis de manière différée
- En 3 sa production s’est émancipée de l’effort patient des copistes
- En 4 il quitte le support papier
- En 5 il est démocratisé et multi-média
- En 6 il commence sa numérisation
- En 7 il est dupliqué en masse à un coût marginal
- En 8 le savoir numérisé est interrogeable comme un annuaire
- En 9 il est entièrement traversable comme avec un index
- En 10 sa recherche est encore améliorée par calcul de popularité
En 11, on passe le cap où l’outil informatique ne fait pas qu’acheminer ou transformer du savoir mais en génère à l’aide de calculs probabilistes sophistiqués qui permettent à des machines de formuler — au sens de mettre en forme, et non en formule — un contenu nouveau ressemblant à s’y méprendre à ce que produiraient des personnes.
En 11, la technologie me permet par ex. d’écrire quasiment ex-nihilo un programme en language C fiable, correct et documenté résolvant un problème simple, alors qu’en 10 il me fallait rechercher un tel programme, le faire développer ou bien me former au C puis l’écrire moi-même.
En 11, le procédé de construction de savoir peut être détérioré par la production d’énoncés erronés supposément plausibles mais factuellement faux : une “hallucination”. Pour supprimer efficacement ce bruit il faudrait plus de données, plus de calcul, et un système capable de juger, de raisonner et de corriger rapidement ses propres erreurs.
On pourrait — et ce serait même raisonnable — considérer la position 10 comme suffisante sur le spectre “acquisition et transmission de connaissances et de biens culturels” au vu du coût énergétique et environnemental déjà atteint, sans compter le fait qu’en échange de la gratuité pour le consommateur c’est l’ensemble de ses interactions avec le réseau qui sont capturées, monnayées et exploitées.
Or les industriels de cette forme d’IA considèrent un autre spectre : pour eux l’état courant de la technologie représente le passage d’une enfance commencée il y a 80 ans avec le calcul électronique vers un âge adulte qui se terminera par l’avènement de l’IA généralisée i.e dotée de facultés de perception, de jugement, d’auto-correction et de raisonnement semblables ou très proches des facultés humaines.
Pour la majorité des humains, l’IA/LLM est un curseur poussé à 11 sur le spectre de la technologie de recherche d’information. Les bénéfices qu’ils en retirent sont marginaux en regard des coûts financiers, énergétiques, environnementaux, culturels et sociétaux.
Pour une minorité de riches industriels, l’IA actuelle marque le début d’une Nouvelle Ère.
