(résumé : JM, CTO d’une compagnie qui développe du logiciel, a sauté le pas et décidé pour leur prochain produit de remplacer les développeurs par une IA. L’opération ne se déroule pas comme prévu. JM fait le point avec Mathilda, CEO).

Mathilda invite JM à entrer dans le bureau et à fermer la porte.

M : Il est presque 20h, et je m’étais promis de rentrer tôt. J’espère que les nouvelles sont bonnes.
JM : C’est mitigé. Désolé.
M : Est-ce qu’on a rattrappé le retard ? Et surtout est-ce qu’on tiendra la date annoncée ?
JM : J’aimerais te dire que oui, mais ça n’en prend pas le chemin…
M : Alors qu’est-ce qu’on fait ?
JM : Je suis en train de regarder pour recruter un spécialiste.
M : Mais c’est un virage à 180 degrés, que tu nous fais là, Jean-Michel ! La promesse était de réduire les besoins en ressources humaines !
JM : Je sais bien…
M : Il y a 6 mois tu m’as annoncé que l’IA allait remplacer les développeurs. Tu nous a fait une présentation sur le sujet, si je me souviens bien.
JM : Je n’ai pas dit ça. L’IA ne va pas remplacer tous les développeurs. Mais elle va remplacer les plus faibles. Ceux qui ne savent pas bien coder.
M : On a une IA qui écrit notre prochain produit. Et trois de nos meilleurs devs sont à sont chevet, 5 jours par semaine maintenant. Tu me vois pour le moins étonnée.
JM : Mathilda, tu suis l’actualité de notre domaine comme moi. Tu vois bien que tout le monde, partout, utilise l’IA. Pour les développeurs, on y est pratiquement. Mais pour l’illustration, le design, la production de n’importe quel texte…
M : Justement, je l’utilise aussi figure toi. Les résultats sont quand même assez médiocres. Si je comprends bien, l’IA va surtout remplacer les mauvais dessinateurs, les mauvais scénaristes, les mauvais développeurs, etc.
JM : Précisément.
M : On vient donc d’inventer la machine à remplacer les incompétents.
JM : On peut le voir comme ça.
M : La question est : est-ce que nos développeurs sont incompétents ?
JM : …
M : Je te pose la question Jean-Michel. Si notre produit peut être développé entièrement par une IA, qu’est-ce que cela dit sur sa richesse fonctionelle ? Sur sa complexité ? Sur la valeur ajoutée que l’on peut en tirer ? Sans parler de ce que nos compétiteurs peuvent faire.
JM : Je pense que ce n’est pas le débat.
M : Excuse-moi, c’est entièrement le débat, en tout cas celui qui me préoccuppe. Le Marché. Le Marché, et l’Image. La Tech, c’est ton affaire.
JM : Précisément.
M : Tu as entendu la blague qui court dans les salles de conférence…
JM : Dis toujours ?
M : Un CTO raconte à la cantonnade : moi j’ai un problème avec mon IA. Figurez vous que mon équipe Tech a livré en production du code qu’ils n’arrivent pas à expliquer ! Est-ce que c’est pas une dinguerie ?
JM : …
M : Et un autre CTO lui fait remarquer : Ce n’est pas l’IA ton problème. C’est ton process de recrutement.

JM sourit, hausse les épaules, fait non de la tête.

M : Est-ce que nous avons un problème de recrutement, JM ?

(à suivre)

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Publié sur LinkedIn le 16/05/2025