Avancement de la mise au point
[AI]
Il fait un drôle de temps, indéfinissable. Le ciel est mauve. En face, de l’autre côté de la rue, se dresse un bâtiment neuf, en béton brut, pas encore peint. De ce côté-ci de la rue, il y a une foule de personnes qui semblent entourer Jérémie. Des officiels. Jérémie remarque un détail qui l’intrigue :
— Il manque les grilles aux balcons du 5ème étage…
— Tiens ! C’est vrai ça. Mais oui !
La remarque se propage à travers le groupe. Quand elle atteint l’architecte, celui-ci répond: “Inutile, car on ne peut pas ouvrir les portes-fenêtres à cet étage”.
— Mais pourquoi y a t’il des balcons dans ce cas ?
— C’était initialement prévu de pouvoir les ouvrir, mais il y a eu un changement de plan.
Ding ! Ding ! Ding !
7h15. Jérémie se réveille. Il se dit : “Il faut que j’arrête de rêver du travail”.
Son laptop ouvert sur la table de la cuisine le ramène à la chaîne correcte d’évènements, celle qui se déroule dans le réel.
— Évidemment, ne pas mélanger tout le temps le travail et la maison, ça aiderait un peu.
Jérémie réveille son laptop. Un message de JM son CTO. “Le Board s’inquiète à propos du calendrier pour le projet TruK. Peux-tu m’appeller ? Il faut sécuriser le projet.”
Un café plus tard, en visio :
JM : Ce qui étonne à propos de l’avancement du projet, c’est le consommé sur la ligne “mise au point”. Comment ça s’explique ?
J : Eh bien j’ai un scoop pour toi : ce n’est pas au point.
JM : Comment ça pas au point ?
J : La stratégie à partir de laquelle on a construit la feuille de route, c’était de faire développer le code de l’appli par l’IA, avec une marge de temps prévue pour les tests et la mise au point de 15 jours au maximum.
JM : Correct. Et donc ?
J : Donc on a consommé les 15 jours, Clara, Mehdi et moi, et on estime avoir couvert à peu près 5% du produit.
JM : Mais ça ne va pas du tout ! Comment ça s’explique ?
J : Eh bien, malgré les apparences, le code produit par l’IA contient un nombre considérable de problèmes. Certains contrôles ne sont pas présents. Il y a aussi beaucoup de redites et d’incohérences.
JM : Oui mais l’IA produit des tests ; est-ce que ses tests passent ?
J : Certains. En moyenne 30%. Il faut bien que tu réalises qu’un outil qui hallucine sur le code, hallucine aussi sur le code de test. Résultat, on est obligé de passer derrière et de tout reprendre.
JM : Est-ce qu’il ne vous manquerait pas une formation ?
J : Non, c’est l’IA qui manque de formation, je crois.
JM : Ce que tu es en train de me dire, c’est que notre stratégie de développement ne marche pas.
J : Oh ça marche. À condition que nous soyons derrière l’IA, à tout reprendre. Clara a même suggéré qu’on rebaptise le projet, qu’on le renomme “TruK MécaniK”. Avec un K.
JM : J’ai pas compris.
J: Oui, bon, bref. Il nous faut plus de budget.
JM : Et si on recrutait ?
J : On pourrait. Mais imagine l’annonce. C’est pour un projet de 15 jours, qu’il faut mettre au point — Facile ! Il y a combien de lignes de code ? — Deux cent cinquante mille.
(à suivre)
