Convictions
[AI]
(résumé : Jean-Michel envisage, pour le prochain produit de la société dont il est CTO, d’utiliser l’IA plutôt que de recruter. Il en discute avec son tech lead Jérémie.)
Ils s’installent dans un coin de la brasserie.
— J’ai faim !
— À cette heure-ci, il n’y a plus de plat du jour, mais c’est calme. On va pouvoir débriefer.
— Alors JM, tu es toujours convaincu que l’IA va développer le produit TruK ?
— Oui.
— Et pour ce qui est de la qualité du code ?
— Ça ne devrait pas être un problème. L’IA fera aussi les tests.
— Et si certains de ses tests ne passent pas ? Ou bien si l’IA a créé des faux négatifs ?
— L’IA trouvera pourquoi, et elle corrigera le code.
— JM, pendant 2 jours on a écrit du code, on a écrit des tests, on a débogué, on a démayrdé des problèmes.
— Oui.
— Qu’est-ce qui t’a particulièrement marqué dans cette expérimentation ?
— Je dirais : le nombre de fois où on a été interrompus. C’est dingue.
— Qu’est-ce qui provoque toutes ces interruptions d’après toi ?
— Une forme de désorganisation.
— Ok. Admettons. Quoi d’autre, dans ce qui t’a marqué ?
— J’ai remarqué que tu poses beaucoup de questions. Pas là maintenant, je veux dire : en général durant ta journée de travail.
— Est-ce que ce n’est pas le signe que l’IA, qui en pose très peu, n’est pas adaptée pour le job ?\
Jean-Michel pose ses couverts, et observe Jérémie.
— Jérémie, je comprends que ça te pertube, mais il va falloir t’y faire. On est à l’aire de l’IA. C’est inéluctable.
— Ok. Oui, ça, non ça ne me pertube pas. Ce qui m’inquiète, c’est plutôt la date de sortie de TruK.
— C’est dans 3 mois. Au vu de la vitesse à laquelle une IA génère du code, je ne crois pas qu’il y ait matière à s’inquiéter, même en prenant un facteur de correction très conservateur.
— Tu va lui faire passer le test ?
— Quel test, à qui ?
— Tu te rappelles du test qu’on fait passer à nos candidats ?
— Non, mais rafraichis moi la mémoire.
— Ecrire un programme qui résoud le problème du Solitaire. Mouvement de pions sur un plateau à une dimension…
— Ah oui. Facile. Pour rappel, certains candidats n’y arriveraient pas, je te ferais remarquer.
— Un plateau à une dimension, de 32000 cases. J’ai fait quelques tests. J’ai une mauvaise nouvelle pour toi. L’IA n’y arrive pas. Pas toute seule en tout cas.
— Si ça se trouve, tu t’y prends mal pour l’utiliser.
— Non. La stratégie qu’elle se donne au départ ne peut pas marcher, en fait.
— Peut être, mais ça fait déjà mieux que bien des développeurs.
— En fait non, même pas. Et ce n’est pas un argument. Si l’IA doit remplacer les devs montre moi une IA qui remplace les meilleurs, pas ceux que tu désignes comme les plus médiocres.
— Même si elle ne remplace que les moins bons, j’économise sur les salaires.
— Où est le gain, si ça ne marche pas ?
— On est dans la conviction, là, Jérémie. On n’avance pas.
— Je te le fais pas dire. Et qui va vérifier que l’IA fait le boulot ?
— Alors là, c’est facile !
— 🤔 ?
— Qui d’autre que toi, Jérémie ?
(à suivre)