Une idée simple
[AI]
Les réseaux sociaux, les mass media et la politique ont en commun de former un terreau très fertile dans lequel se répandent comme par surgénération des idées à la fois très simples, fort séduisantes et fausses.
Ici par exemple, on assiste à une sorte de compétition des juniors dans le domaine de la prospective tech, fondée sur la proposition que l’Intelligence Artificielle va remplacer les développeurs.
C’est une idée simple, dont l’assimiliation ne requiert que des notions de base, ce qui la rend plastique, encapsulable dans un mème, répétable dans les journaux, et consommable universellement.
Pour comprendre cette idée, 3 notions de base suffisent :
a) L’IA est un outil qui génère des contenus dont on pourrait dire au vu des progrès faits en la matière qu’ils ressemblent à s’y méprendre à des contenus créés par des personnes.
b) Un·e développeur·se c’est une personne qui écrit du code.
c) Dans cette industrie comme dans d’autres, faire réaliser une tâche par une machine, c’est à dire 10⁶ fois plus rapidement qu’à la main, à un coût marginal, ce n’est pas seulement du bon sens, cela s’impose, c’est la loi du monde.
Cette idée s’accompagne de quelques idées complémentaires qui en forment le protocole ornemental :
- annonce régulière par un des barons de cette industrie, qui promet à une échéance proche une prouesse vaguement chiffrée mais spectaculaire. À l’ère de la post-vérité, ces messages des milliardaires au commun des mortels agissent comme les intercessions divines dans les sagas d’Homère : elles “changent le game”.
- darwinisme social, visant à faire de la génération prodigue des geeks, laquelle a 3 décennies durant construit cette civilisation du numérique – dont la brique et le mortier ne sont que cela : du code – une génération de dépassés. Dépassés qui paradoxalement bien qu’ils sachent pour la plupart implémenter peu ou prou un algorithme moyennement complexe, seraient incapables de “prompter” correctement.
-
micro-pilules de mépris à distribuer à la ronde :
“Beaucoup sont encore frileux à l’idée de lâcher prise. Ils résistent au changement parce qu’ils veulent garder le contrôle total sur leur façon de bosser.”
“L’IA va remplacer les pi…rs de code.”
- par un “loophole” digne de la meilleure SF : puisque que l’IA fait la pige aux experts, c’est la notion même d’expertise qui va au gouffre, des juniors munis de 10 mois de pratique peuvent pronostiquer la fin d’un savoir-faire dont l’acquisition prend 10 ans.
Pour illustrer l’idée, on produira (grâce à l’IA, car les bonnes idées sont récursives) l’image d’un humanoïde assis sur une chaise devant un laptop affichant du code, sur fond de dégradé criard entre le bleu et l’orange, couleurs emblématiques, signifiant la peur, la profondeur, l’attention et le danger.
Une image fausse, dispendieuse dans sa forme autant que dans sa fabrication, qui semble vous cligner de l’œil en affirmant péremptoirement : “Tu vois l’idée…”, et que je vous épargne ici.
(à suivre)